Il y a quelques années, je prenais beaucoup de pincettes pour illustrer (très schématiquement) comment
l'industrie pharmaceutique et de la santé
accélérait ce contre quoi elle était censée lutter. Mon exemple portait sur les
maladies nosocomiales. Des gens vont se faire soigner à l'hôpital et reviennent avec une maladie grave attrapée sur place (s'ils en reviennent, car j'avais, très jeune déjà, connu un cas proche où la personne y était restée) ; avouez que c'est embêtant.
Pour retrouver les schémas, je vous invite à aller faire un tour sur le cours systémique gratuit (dans le chapitre de transition qui illustre comment les "boucles" de feed-back simples se combinent entre elles et créent des situations fort complexes).
Aujourd'hui, le même phénomène arrive sur la place publique, en plus grand : les antibiotiques ne servent presque plus à rien dans un grand nombre de cas et les médecins eux-mêmes, dans des hôpitaux de pointe, avouent se retrouver impuissants. Nous allons vers une crise sanitaire mondiale. C'est ce que relayent les médias, et pas plus tard qu'hier soir (16 septembre 2010), au journal télévisé de 20h. L'information commençait déjà à percer dans les médias de masse il y a quelques jours. Les faits ne sont pas étonnants pour des systémiciens. Mais il est intéressant de voir comment une information passe un seuil dans son cycle au moment où elle est amplifiée et arrive aux oreilles de millions de personnes.
Apprendre à faire face aux situations qui se préparent faisait l'objet d'un module de formation-coaching systémique (actuellement en sommeil ; peut-être pas pour longtemps...). Et aussi d'outils destinés à inventer des réponses innovantes (changement "de second ordre" oblige) à ce genre de crises (en fait, ce ne sont pas des crises - ce qui présupposerait qu'une fois "résolues", les choses redeviendraient comme avant - mais des transitions). Mais l'institutionnel qui, dans ma région, m'avait tendu la perche, a fini par laisser tomber, parce qu'il a pressenti que cela induirait des changements d'approches importants autour de lui et qu'il ne voulait pas être le premier à faire de vagues, de peur pour sa carrière. Dommage.
Aujourd'hui, les journalistes ont l'impression de découvrir un phénomène pourtant prévu depuis longtemps. N'importe quelle personne raisonnablement bien formée en Systémique peut, si elle s'intéresse un peu aux faits accessibles dans les médias eux-mêmes, pré-voir toutes ces choses depuis des années. Il ne s'agit pas de se prendre pour Madame Soleil, mais simplement de schématiser des modèles systémiques (des sortes de simulations sans besoin d'ordinateurs dans ces cas-là) qui montrent très visuellement comment, si une logique actuellement à l'œuvre se maintient, les évènements vont naturellement se produire tout seuls (je me retiens de dire "mécaniquement" au vu de ce genre de schémas), sans aucun effort particulier. Tout comme la crise politique de 2002 en France était très prévisible. Et la frénésie de l'automne 2008 aussi.
Mais les méthodes analytiques de gestion du monde économique, comme du monde de la santé publique, restent bien cramponnées à leur place institutionnelle. Une amie responsable hospitalière en est malheureusement un "bel" exemple, et il nous arrive d'avoir des discussions sportives à ce sujet. Car il est plus facile de déplacer une montagne que de changer les croyances culturelles bien ancrées, surtout si elles ont des moyens coercitifs pour faire place nette autour d'elles, comme c'est le cas pour la santé et son arsenal juridique en France.
Et pourtant, les faits sont là. Nos "chers" antibiotiques sont à bout de souffle. Les petits microbes pas sympas du tout (du point de vue humain) ont appris à leur résister (ce sont les "gentils" microbes de nos parois intestinales qui vont être soulagés que nous ne les ravagions plus tous les quatre matins avec ces barbares antibiotiques qui portent si bien leur nom : "anti-bio", rien de bien ragoûtant pour le respect des équilibres dynamiques et subtils de la vie, n'est-ce pas ? :-).
Je regardais donc hier un reportage sur un homme - depuis longtemps "bourré" aux antibiotiques, par accès de confiance "aux gens qui savent" et aux institutions de son pays (nous en mangeons même avec nos viandes non-bio, y compris celles estampillées des labels "origine France" et autres, destinés à rassurer les foules plus qu'à assurer une quelconque qualité sanitaire). Il a une pneumonie à un stade grave et les médecins ne savent plus quoi faire face aux analyses qui indiquent la présence de petites bebêtes résistantes à tous les antibiotiques connus. "Les hôpitaux sont devenus des usines créant des microbes de compétition", comme le disait, il y a quelques années, un de mes collègues qui avait failli perdre sa femme d'une maladie nosocomiale, alors qu'elle y était juste venue pour un heureux évènement : accoucher.
Comment ces petites bébêtes sont-elles devenues résistantes ? Par manque de sens civique ? Pas du tout. C'est encore un phénomène systémique (comme la résistance civique d'ailleurs, mais ce n'est pas la question ici, alors recentrons-nous un peu, voulez-vous ? :-)
L'organisation très "libérale" (au sens financier du terme - c'est à dire détourné de son sens entrepreneurial ou encore social) de l'industrie de la santé, et la pharmaceutique en particulier, est la principale actrice de cette situation. Et pourtant, c'est probablement vers cette même industrie que les politiques vont se tourner pour lui demander de se transformer en sauveuse de l'humanité et de nous concocter des voies nouvelles. Certes, nous sommes désormais habitués à cette petite histoire de pompiers-pyromanes qui ne semble pas déplaire aux dirigeants politiques ; eux qui semblent immunisés contre la dénonciation de cet état de fait. Tiens, encore un phénomène très intéressant à modéliser en systémique !
Mais peu importe. L'heure n'est pas à trouver des couplables ni à dire qui a raison ; l'heure est à voir comment apprendre et partager largement la capacité à penser les choses globalement, dans leur complexité, avec des modèles qui reconnaissent les interactions en jeu, les phénomènes émergeants, et ce genre de friandises systémiques. Les solutions sont à ce prix. Et ce prix est vraiment agréable, car apprendre, découvrir et inventer, tout en partageant, avec une vision systémique, voilà bien une activité dynamisante, rafraîchissante, gratifiante.
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