Nous y sommes enfin. Il y a quelques années, ce n’était pas très vendeur. Mais maintenant que la marge de manœuvre économique de la plupart des gens et des vrais entrepreneurs est inversement proportionnelle aux gesticulations politiques, la sobriété devient une valeur forte : une stratégie de survie face à la crise.
Ceux qui ont vécu des formations au management avec un tableau papier plutôt qu’un vidéo-projecteur high-tech et des diapositives toutes plus ressemblantes les unes aux autres savent que le nerf du management n’est pas le prestige ni l’esbrouffe, mais la compétence humaine, les tripes et la créativité pragmatique.
Eh bien, c’est la même chose désormais à une vaste échelle : faire mieux avec moins est un gage de survie. La « pénurie » ne sera durable que selon les modes de « consommanagement » (dont beaucoup d’écoles supérieures ont fait leur fond de commerce) qui étaient à la mode jusqu’ici.
Le management de la sobriété, qu’est-ce donc ?
Vous travaillez avec des gens. Vous travaillez avec des moyens. Et vous n’avez pas du tout envie d’investir des sommes folles sur de nouveaux moyens et n’avez pas, pour l’instant, de quoi embaucher tellement de nouvelles personnes. Et d’ailleurs, sans y prendre garde, votre banquier, tout à la digestion des milliards qui lui sont proposés, à lui, plutôt qu’utilisés directement pour garantir l’activité réelle de ceux qui font l’économie réelle comme vous, vous encourage à apprendre comment vous passer de sa « générosité ».
Alors que vous reste-t-il pour avancer ? Recenser ce que vous avez déjà entre les mains. Une grande partie est juste sous vos yeux, mais nous ne sommes pas habitués à voir toutes les ressources dont nous disposons. Alors, jusqu’à récemment, nous prenions facilement l’habitude de rester assis sur un trésor de « ressources dormantes », sans avoir l’idée de nous lever pour examiner tout ce que ce trésor contient. Et il en contient !
Comme tout le monde peut devenir consultant, coach ou super-expert en management (surtout ceux qui n’ont pas le temps de se former sérieusement ni d’entreprendre eux-mêmes), il était rare que les consultants vous invitent à aller « gratter » dans ce coffre : ils ne savaient pas eux-mêmes comment faire. C’est un peu comme en période de crise : les jolis discours abondent, mais les consultants ne se pressent pas au portillon pour aller intervenir là où c’est brûlant !
Ceux qui ont joué aux Legos lorsqu’ils étaient petits se souviennent peut-être du plaisir si stimulant qu’ils ressentaient à fouiller dans un carton rempli de toutes sortes d’éléments de constructions, de toutes les formes et toutes les couleurs. Et l’inspiration leur venait au fur et à mesure de leur découverte, jusqu’à ces moments gratifiants où ils voyaient enfin ce qu’ils avaient construit avec leurs trouvailles.
Eh bien le management de la sobriété vous invite à ça. Laisser un peu de place à la curiosité pour faire de véritables trouvailles au milieu d’un coffre au trésor très peu exploré jusqu’alors. Toutes les pièces sont des pièces simples. Encore faut-il savoir y accéder. Et au final, ce que l’on peut voir se construire avec des pièces simples est phénoménal. Encore faut-il savoir comment on construit efficacement avec elles.
Et là, l’esbrouffe n’a plus sa place. Le management capable de faire de votre entreprise un îlot de mieux dans un océan agité de pénuries annoncées, ce management de la sobriété ne vous demande que de regarder méthodiquement comment faire du nouveau et du mieux avec l’existant. Même sans embaucher ni débaucher. Même sans moyens supplémentaires à ceux que vous avez déjà. Juste en utilisant le tout avec d’autres règles du jeu. Il sera toujours temps d’embaucher et d’investir plus tard, lorsque vous récolterez les premiers bénéfices de ce mode de management.
La pénurie invite à la sobriété. La pénurie est une contrainte, tandis que la sobriété est une qualité. Vous pouvez donc transformer une contrainte en qualité, comme les alchimistes qui changent le plomb en or, mais la différence est que vous n’aurez aucun besoin de magie pour y arriver.
La sobriété conduit ensuite à la créativité. Et la créativité fertilisée avec un pragmatisme véritable, c’est à dire ouvert et respectueux parce qu’éclairé par les bons projecteurs, n’est-ce pas là l’intelligence ? Or, tout le monde est d’accord - ou du moins tous ceux qui ont la ferme intention de construire et de donner du sens à leurs ressources - pour croire que la période dans laquelle nous entrons sera très stimulante pour toutes les formes d’intelligence. C’est ça la crise : soit on en sort grandi, soit on n’en sort pas du tout. Le management de la sobriété vise la première option et démontre qu’elle est accessible. Alors, bon vent, bonne année et bon management !
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